1. VIRGINIE

    D’où viens-tu ?

    Je viens du sud.

    Viscéralement et vocalement, je viens de là. Mes mains qui bougent, mon intonation qui chante, mon investissement émotionnel dans chaque conversation, les gros mots un peu plus fréquents que la moyenne… tout dit ma méridionalité. Il me semble toutefois que malgré tous ces attributs sudistes, je transpire la parisianité. J’ai longtemps cru que je n’avais pas changé mais ma famille me trouve désormais snob, c’est bien que je dois être devenue une de ces connes de parisiennes je-sais-tout prétentieuses.

    Je viens du sud et pourtant, je ne rêve pas de retourner là-bas pour y être plus heureuse.

    Je ne le fuis pas non plus, il est inscrit en moi. Comme quand je demande encore des poches à la caissière ou quand je m’exclame boudu ou quand je trouve que l’automne à Paris, c’est tellement moche comparé à la lumière dorée de la chaleur de septembre au bord de la Garonne.

    Je viens du sud, et bizarrement, je n’y reviens pas par tous les chemins.

    De quoi as-tu peur ?

    J’ai peur de ce que les autres voient de moi -de ce que je leur donne à voir et aussi de ce qu’ils perçoivent malgré moi.

    Si je veux être honnête, j’ai peur que les gens s’aperçoivent que je suis une personne plutôt laide malgré l’a priori positif qu’ils ont souvent de moi.

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ? 

    Je vais me lever parce que je suis curieuse de savoir ce que sera après. J’ai des envies et des projets mais je sais bien que demain ne sera pas rempli d’eux. Ça marche jamais d’imaginer “après”. C’est chaque fois autre chose que prévu, quelle que soit la dose d’inventivité qu’on a mis dans ses projections.

    Je vais me lever aussi parce que faut bien le faire de toute façon, j’ai des obligations sociales à respecter. Mais je suis chanceuse : la plupart du temps je les aime, ces obligations.

    Je vais donc me lever pour la joie de voir ces gens merveilleux qui peuplent mon quotidien et ces miracles qui vont remplir mes lendemains d’inattendu.

     
  2. ARIANE

    D’où viens-tu ?

    Je viens de l’amour, d’une famille unie et festive. Entourée par des gens avec des convictions et des belles valeurs, je pense. Je viens d’un lieu proche de la mer, alors le vent et l’air salin ça me remplit de joie. Je regardais souvent l’immensité, et de l’autre côté de l’Atlantique. J’étais prédestinée à le traverser, faut croire !

    De quoi as-tu peur ?

    J’ai peur que l’homme ne soit plus intelligent. Je crains qu’il détruise trop de choses sur son passage qui lui seront fatales. Immuables. J’ai peur du pouvoir à tout prix et de l’égoïsme.

    J’ai peur aussi de perdre tout ceux que j’aime, alors j’essaie de profiter de chaque instant avec tous. J’ai peur parfois de ne plus pouvoir exercer mon métier. Qu’il n’y ait plus la place pour le rêve.

    Mais je suis certaine que l’art ne disparaîtra jamais. Il est trop fort et nécessaire.

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?

    Pour l’odeur du café. Pour voir les beaux yeux de mon amoureux. Pour manger et me sécher après la pluie.

    Pour me coller. Pour poursuivre mes quêtes et essayer de rendre la vie la plus belle possible. Pour éveiller ma conscience. Pour me lancer des défis.

    Je me lève aussi pour croiser le regard des inconnus et voir le soleil. Vivre des instants complices avec mes ami(e)s, rire, échanger et boire du vin (et faire des maisons en pain d’épice). Essayer de passer plus du temps avec eux qu’avec des machines.

    Je me lève pour être complète, alors si je peux danser encore mieux qu’hier je serai encore plus épanouie que la veille.

    Pour donner un peu de rêve à des ados, à des plus vieux et offrir de l’évasion. Mais surtout pour aimer de toutes mes forces.

     
  3. CLAIRE

    D’où viens-tu ?

    Mes racines sont faites de mélanges et de chemins qui se croisent. Alors je viens d’ici et un peu d’ailleurs et surtout je viens de Paris mais je pourrais être d’un peu partout. Ceux que j’aime sont en Bretagne, à Paris, dans le Sud Ouest, du côté de la Belgique, d’Alsace, d’Allemagne et j’en oublie. Construite par toutes ces rencontres, je viens aussi de là. 

    De quoi as-tu peur ?

    D’oublier qui je suis avec le temps qui passe, de me perdre, de perdre de vue ceux qui ont fait - et font encore - qu’aujourd’hui je suis qui je suis. J’ai peur aussi de ne plus être cet électron libre, j’ai peur de m’attacher à ceux que j’aime, j’ai peur de mes paradoxes. De prendre trop de risques aussi ou de ne pas en prendre assez, j’ai peur d’avoir le choix. Mais je n’ai pas peur d’avoir toutes ces peurs, elles permettent d’avancer, de se questionner et finalement de façonner cette vie, que j’aime profondément. 

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?

    Pour être vivante, pour continuer à rencontrer, à croiser, à partager avec d’autres, pour pouvoir aimer, pour pouvoir être en colère et entière. Pour avancer encore et encore, pour s’attacher à des petites joies faites parfois de sacrifices qu’on ne regrette pas. Je vais me lever aussi demain matin pour ne jamais regretter de ne pas m’être levée. Pour pouvoir rencontrer, vivante, et aimer. 

     
  4. ETIENNE

    D’où viens-tu ?

    Je viens d’une toute petite famille. Mon père et ma mère étaient tous deux enfants uniques et orphelins de père. Ils se sont connus enfants et à 84 et 92 ans ils s’aiment encore. Cela m’a donné une notion de la famille assez particulière et une grande difficulté à m’intégrer dans celle des autres. 

    Je viens de Paris. Depuis plusieurs générations. C’est MA ville. Je ne peux pas m’en passer. Ses rues sont mes veines, ses avenues mes artères. Paris est sublime, odieuse, suprêmement élégante, brutale, snob, mal élevée, rayonnante, prétentieuse. Paris est une pute et je crains que ça ne me déplaise pas.

    De quoi as-tu peur ?

    Avec le temps, les angoisses sont nombreuses et quotidiennes mais beaucoup plus agréables qu’auparavant. Car plus humaines. Je n’ai commencé à être heureux qu’à partir de 40 – 45 ans. J’ai peur de ne plus ressentir, de ne plus m’amuser, de ne plus aimer. J’ai peur de ne plus avoir peur.

    J’ai peur d’un jour me prendre au sérieux et j’ai peur que vous preniez cette phrase pour une coquetterie.

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?

    Je ne me suis jamais demandé pourquoi j’allais me lever ce matin . Mais bien souvent pourquoi j’irais me coucher ! Il ya des nuits où je m’ennuie tellement en dormant que ça me réveille. Je me lève car j’aime le fait de me lever. Après…C’est autre chose…

     
  5. MARIE

    D’où viens-tu ?

    Je viens un peu du sud et un peu du nord. Ma mère est pied-noire et mon père flamand. Je porte en moi les exagérations et l’affection débordante de son côté à elle, et toute la discrétion et l’amour silencieux de son côté à lui. Ce sont deux histoires aux antipodes l’une de l’autre. Deux cultures, deux attitudes, deux destins. Mais chacun, et moi aussi du coup, a de commun une sensibilité exacerbée. Je viens de leur émotion permanente à voir la vie à l’œuvre. J’essaie d’être digne de cet héritage. 

    De quoi as-tu peur ?

    Je suis comme tout le monde. J’ai peur des mêmes choses : la douleur, la maladie, la mort. 

    Mais j’ai aussi des peurs plus personnelles, contre lesquelles je me bats – et le mot n’est pas trop fort – depuis des années. Des peurs que je tairai ici. Nul besoin d’en connaître les détails. Simplement, ce sont des peurs qui m’ont longtemps empêchée de vivre normalement ; des peurs qui ont hanté mon enfance, mon adolescence, ma vie d’adulte ; des peurs qui me font encore parfois perdre la raison.

    Chaque jour, depuis plus de 30 ans,  je lutte, je répare, je construis.  Mais chaque jour, depuis plus de 30 ans, je souffre de ce que ces peurs m’ont infligé et m’infligent, et aussi, surtout, de ce qu’elles ont fait subir à ma mère, mon frère, mon père. A tous ceux qui m’ont vue dans la détresse et se sont senti démunis.

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?

    Parce que je sais que demain je le pourrai ! Parce qu’il y a eu trop de matins où je n’en étais pas capable. Parce que je tiens le coup et qu’il n’y a pas d’autre option possible. Parce qu’il y a, quelque part en Bretagne, trois enfants qui m’aiment, comptent sur moi et me pensent invincible. Parce que j’ai des projets. Parce que j’ai notre projet, le monde en nous, qui grandit doucement mais sûrement, et me donne, pour une fois, hâte d’être demain.

     
  6. ANAÏS

    D’où viens-tu ?

    De Strasbourg, ce n’est pas une ville que j’aime. Enfin si je l’aime parce-que c’est ma ville natale, mais ce n’est pas un endroit vers lequel je me retourne. Je préfère l’éloigner de moi, j’aime mieux Strasbourg de loin. 

    De quoi as-tu peur ?

    J’ai peur qu’un jour il n’y ait plus de pommes de terre et qu’on ne puisse plus faire de frites maison. Ce serait terrible, insurmontable.

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?

    Je vais me lever parce-que j’ai très envie de porter ma jupe avec des oiseaux dessus, elle me met de bonne humeur.

     
  7. JÓRUNN

    Where are you from ?

    I was born and raised in 101 Reykjavík, Iceland. Today the so-called hipster neighborhood. I grew up in a real family house that my grandfather built.

    Me and my family lived on the first floor, my uncle and his family on the 2nd floor, and then on the 3rd floor, my beautiful grandmother. As said a one big family.

    My grandfather died before I was born so I never met the great man. On the other hand, my grandmother – whose name was also Jorunn – was my very best friend and I could always talk to her about life, my dreams and visions, my worries, horoscope, happiness or sadness or just anything. She was the greatest person and my role model in life.

    I grew up in this big beautiful house with a huge garden full of wild flora and big trees.

    I am the middle child. I have a brother who is 4 years older, and one sister who is 12 years younger. We are all very different. If I look back at my childhood and memories, they are a collection of travelling with my parents mostly within Iceland, playing outside because we had no computers nor cellphones, hardly a TV.

    Even if I was a shy girl, I would describe me as the “black sheep” in my family because I liked to do stuff that were not allowed and I was the one who got myself into trouble. I loved to climb trees and run. But I also did some girly stuff as practicing ballet. The black sheep and ballerina.

    What is your biggest fear ?

    I am phobic, my phobia is my biggest fear. I am arachnophobic. As long as I can remember, I have had this terrible fear for those hairy, strange, weird, running, ugly, long-legged creatures. I simply hate them and I am terrified if they are around. If I see one in my room, it gets chaotic. I scream like there is no tomorrow, I run away, my heart beats like crazy, I hide and get all sweaty. If, for some reason, they touch me or crawl on me, I am not even gonna describe my reaction. Because of that, I am still waiting for the one who can be my spider guard and protect me from them.

    Why are you going to wake up tomorrow ?

    I love life, life is beautiful. I love nature, nature is beautiful. I love my daughter, she is beautiful. Those reasons are enough. I am thankful for so many things and its so strange how you get more confidence and happiness after you get older.

    My dreams are my passion and I never give up on them. I am into photography and it connects me with nature. Nature connects me with life and life connects me with people. I can breathe, I have money for food, I can smile and laugh and I can walk and run. I have a home, I have fresh water in my tap and above all I have health. I am thankful and lucky for this.

    When I have my bad days as we all do, I try to connect again by thinking of the above. Today I found out and read via Google that in my favourite lake in Iceland, Kleifarvatn, there might be a monster living in there. That too is a great reason to wake up and maybe be able to meet the “guy”.

     
  8. EVE

    D’où viens-tu ?

    Du fin fond de la Lorraine minière. Elevée au grand air et à la pastachoute (c’est comme ça que ça se passe dans les familles de la ritalie du Nord) dans un bled dont ma mère disait toujours “ici, y a plus de vaches que d’habitants”. La branche paternelle de la famille n’a pas quitté ce trou paumé depuis 1802 minimum (c’est qu’on aime pas bien le changement chez les bûcherons), et il aura fallu 10 générations de forestiers et quelques maçons italiens immigrés pour que je pousse mon premier cri (et quel cri !) dans cette région de mon coeur. Il y a trois choses avec lesquelles je ne plaisante jamais : Star Wars, la Lorraine et Joe Dassin. Et quand je dis que je ne quitterai jamais la Lorraine tant que je ne serai pas canée, il est évident que c’est à prendre au premier degré.

    De quoi as-tu peur

    De l’apocalypse. Rien que ça, oui. J’ai lu trop de livres, vu trop de films et trop cogité sur le sujet et je ne connais que trop bien le sort que vous réservent les pilleurs, les violeurs, les cannibales, sans parler des pilleurs-violeurs-cannibales. Je n’ai pas envie de finir recyclée en Soleil Vert ou ce genre de trucs et j’avoue avoir une tendance certaine à la dystopie. Disons que ce qui me fait peur, c’est le monde d’après, celui qu’on est en train de se préparer.

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?

    Pour beurrer les toasts de mes chipmunks et veiller à ce qu’ils n’enfilent pas leurs vêtements au-dessus de leur pyjama (qui sait ce que le manque de sommeil peut vous faire commettre). Pour leur faire des coquillettes au beurre au déjeuner, parce que le lundi, c’est coquillettes (et le mardi aussi d’ailleurs). Pour râler sur les devoirs pas encore faits à l’heure du goûter et pester quant au kimono introuvable avant le cours de judo. Pour me plaindre que je n’ai pas une minute à moi et faire la gueule, un peu. Pour qu’on s’entasse tous les 6 sur le canapé en fin de journée et qu’on se pelotonne sous les plaids en se disant qu’on est drôlement bien, tous ensemble, comme ça.

     
  9. BENJAMIN

    D’où viens-tu ?

    Je viens d’Epinay Sur Seine dans le 93 où j’ai grandi avec tout ce qu’il fallait d’amour et de déconvenues pour se construire à peu près normalement. Je viens des qualités et des défauts de ma famille, et c’est quelque-chose que je ne renierai jamais. Je viens d’un endroit où je n’ai posé de problèmes à personne, et où en retour on a toujours pris soin de moi. Je viens de ma relation avec mon frère et avec mes parents. 

    Je viens de joies connues et de traumatismes refoulés, de souvenirs chérissables et de moments haïssables. Je viens de choses inavouables parce qu’il est toujours un peu déplacé de se plaindre lorsqu’on a eu autant de chance. Je suis la conséquence d’une enfance sans tragédie où je n’aimais pas l’enfant que j’étais. J’ai pendant longtemps cru que j’étais faible et chétif, parce qu’à force de répéter les mêmes choses, les gens peuvent vous convaincre de n’importe quoi, et surtout d’être ce que vous n’êtes pas. 

    De quoi as-tu peur ?

    J’ai peur des autres (souvent) et de moi-même (parfois). J’ai peur de la maladie et de mon corps. J’ai la « défiance du corps » bien ancré au fond de mon crâne. J’ai peur de ne pas être à la hauteur ; peut-être aussi de décevoir. J’ai peur de ne pas en faire assez et de passer à côté de ma vie. J’ai peur de l’injustice et des hasards malencontreux. J’ai peur des cris et des silences, de ceux qui suent la dégueulasserie et de ceux qui ne s’y opposent pas. J’ai peur d’avoir peur. J’ai peur des autres (parfois) et de moi-même (souvent).

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?

    Je me lève le matin par solidarité avec ceux qui n’ont pas le luxe de pouvoir se dire “ce matin, je n’y vais pas”. Je me lève le matin pour ne pas rester dans le lit à écouter l’acouphène qui lui aussi s’éveille. Je me lève parce qu’elle est là, et que je ne veux pas prendre le métro sans elle.  

     
  10. YSÉ

    D’où viens-tu ?

    Je viens d’un port baigné de soleil où retentit un accent chantant. C’est à Marseille que se trouvent mes racines, terre qui a accueillit mes ancêtres venus d’Italie, d’Espagne et dont je garde tout un héritage. Je suis née non loin du stade vélodrome réputé pour ses shows et ses supporters qui donnent de la voix.

    Où que je sois Marseille est toujours dans mon cœur, un accent que je ne cherche en aucun cas à perdre, un certain chauvinisme, une fierté d’y être née qui résonne en moi et qui serait difficile à expliquer avec des mots car cela est de l’ordre du ressenti. Mon enfance y résonne. Des souvenirs de calanques, de baignades interminables, la garrigue, la roche, le mistral, les apéros, la liberté.

    De quoi as-tu peur ?

    J’ai peur du devenir du pays, la violence qui s’accroît. J’ai peur de devoir fuir un jour. Que tout le monde puisse avoir des flingues et que l’on trouve cela normal. J’ai peur que l’injustice gagne du terrain. J’ai peur que l’on ne parvienne plus du tout à penser à l’humain et que cela soit les financiers qui aient le monopole. J’ai peur du “bien pensant”, du “bon goût”, de l’ennui et de la bêtise.

    J’ai peur de la maladie, de voir mes proches partir les uns après les autres et de ne plus savoir vers qui me tourner dans les moments où ils nous sont si précieux. J’ai peur de l’heure du “bilan”, l’angoisse d’avoir raté quelque chose.

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?

    Je vais me lever pour aller travailler et me dire que je vais aussi pouvoir poursuivre mon labeur musical qui compte plus que tout le reste. Et même si parfois j’ai du mal à le faire, je sais que c’est un passage, que d’autres aventures m’attendent et qu’il faut user de patience et ne surtout pas se baisser les bras. C’est précisément ma force de vie qui l’emporte.

    Je vais me lever pour pouvoir rencontrer toujours et encore plus de nouveaux visages, de nouvelles personnalités. Je vais me lever pour être avec le monde, pour ne surtout plus me couper des réalités (et c’est le vécu qui parle). Je vais me lever parce que le soir je sais que je risque de voir le concert de ma vie ou de découvrir un disque ou une chanson qui va enclencher d’incroyables inspirations pour les jours et les années à venir. Je vais me lever en me disant que je ne suis à l’abri d’aucune surprise ou magie aujourd’hui.

     
  11. DIMITRI

    D’OÙ VIENS-TU ?

    De parents s’étant rencontrés autour d’une assiette de frites. De deux jeunes gens m’ayant conçu dans la foulée, ce même soir du 22 mars 1968, pas très loin de Nanterre, dans un mouvement tout aussi historique. Enfin pour eux et moi. 

    Je viens de pays multiples. J’ai grandi en m’évadant dans des horizons très divers, ceux offerts tant par des plages et champs ibicencos que par des montagnes vaudoises. Je me suis construit dans des lieux aussi variés qu’une tente au bout d’un champ et un collège suisse huppé, que de bas-fonds indiens et de baies américaines, ou de rues parisiennes. 

    DE QUOI AS-TU PEUR ?

    De la peur. De la peur des autres pour l’autre. La peur de l’inconnu parfois, de l’ignorance souvent. De cette peur qui fige, qui déteste, qui enferme, qui rejette. De cette peur qui nourrit les ambitions de représentants indignes. De cette peur dont à leur tour ils abreuvent des ignorants apeurés. 

    POURQUOI VAS-TU TE LEVER DEMAIN MATIN ?

    Pour mes deux enfants. Pour celle que j’aime. Pour moi. Pour nous. Pour d’autres.

     
  12. DENIS

    D’où viens-tu ?

    Je viens de la planète Mars, là-bas, en bas, où les cultures se mêlent et où la Bonne Mère veille sur ceux qui prennent la mer.

    Je viens de cet endroit où le mistral souffle tellement fort qu’en ouvrant les bras tu peux t’envoler, où les chênes sont plus petits que les platanes et où le thym est tellement odorant que tu peux le sentir jusque là-haut, dans le grand nord, du côté d’Avignon.

    Mon accent s’est envolé avec ma jeunesse, comme les cigales à l’automne, mais j’ai gardé cette vision du monde où tout ce qui est grave est potentiellement drôle et le futile est dramatique.

    De quoi as-tu peur ?

    Du néant. Du moins que rien. Du plus que tout. De l’excès. De l’extrême. Sauf dans l’art, quelle que soit sa forme, de la littérature au cinéma en passant par par les arts plastiques et le spectacle vivant. Et la musique bien sûr. L’art ne supporte pas le consensus, il est forcément extrême.

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?

    Pour boire un café, caresser un chat, me faire rappeler à l’ordre par le coq, attendre patiemment devant la porte de la salle de bain, parler au canard, observer le jour se lever plus péniblement que moi, allumer une cigarette, vivre, parmi celles et ceux qui me sont chers, boire un café en lisant ma TL sur Twitter.

    Et accessoirement pour partir travailler, en respirant à pleins poumons l’air frais du petit matin francilien où, à mon grand regret, le mistral ne souffle jamais.

    Crédits photo : Olivier Texier

     
  13. NICOLAS

    D’où viens-tu ? 

    Les gens : Je me rends compte que je suis un enfant du hasard. Je ne sais pas ce qui a pris mes parents séparés d’un jour se mettre ensemble mais au vu de ce qu’ils sont aujourd’hui c’était totalement improbable. Et très franchement, j’adore l’idée d’être une insulte aux statistiques et aux probabilités. 

    Le coin : la Bretagne. Je suis un fier fils de la mer, enfant de la galette saucisse… Non mais si on arrête de déconner 5 minutes, le folklore, les petites gue-guerres entre régions ou entre villes c’est rigolo mais ça ne va pas plus loin. Entendons-nous bien, j’aime profondément cette région mais comme disait Lebreton : “Il n’y pas de racines à nos pieds, ceux-ci sont faits pour se mouvoir.” C’est ça l’idée finalement : peu importe d’où je viens, je me concentre plutôt sur où je suis.

    De quoi as-tu peur ? 

    Des fantômes, des esprits, de tout ce que l’on ne peut pas tuer. Plus généralement, c’est me retrouver face à mon imagination galopante qui me colle les miquettes. Si je regarde un film du genre “The Ring”, je vais avoir peur mais alors le pire, c’est quand je vais me retrouver dans mon lit le soir, parce que mon cerveau va prendre le relais et va bien extrapoler. Cet enfoiré.

    On peut se moquer mais rien que le fait d’évoquer des légendes urbaines pendant une soirée va me mettre mal pendant un bon moment. 

    Et puis comme tous mes contemporains qui sont nombreux à être atteints du syndrome de l’imposteur, j’ai peur que tout le monde se rende compte demain que je ne suis pas celui qu’ils pensent que je suis. 

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ? 

    C’est con à dire mais pour bosser. J’ai lu des tas de jolies choses sur cette question, il y avait des réponses très poétiques … alors j’ai un peu honte de l’avouer mais quand je me lève le matin c’est parce que je le dois (très prosaïquement). 

    En revanche, l’essence, le carburant qui me fait commencer la journée, c’est les perspectives. Croiser de nouvelles personnes, apprendre à les connaître, découvrir de nouvelles choses, apprendre, accoucher de nouveaux projets… 

    Globalement, je me lève sinon pour avancer, du moins pour m’en donner l’impression.

    Je n’aime pas l’idée de “construire sa vie” par contre, je trouve ça un peu réducteur voire glauque.

    Parce que pour moi c’est bien ça l’important : pas ce qu’on vit mais comment on le vit. 

     
  14. CAROLINE

    D’où viens-tu ?

    Je viens de l’odeur de l’hôpital de Villefranche-sur-Saône où se sont rencontrés deux jeunes internes et dans lequel je suis née un peu plus d’an après, une Saint-Sylvestre (bisou maman), il y a près de 33 ans.

    Du bruit de leurs fêtes un peu trop arrosées, du son des Rolling Stones, des Doors et de Led Zeppelin. Je viens d’une union fusionnelle qui ne laissait pas toujours beaucoup de place aux enfants. D’une famille qui a finalement su se construire, s’écouter, s’apaiser et s’aimer avec le temps. D’une famille où l’on parle et l’on rit tous un peu trop fort, mais où l’on ne dit pas toujours assez fort ce qui nous fait mal.

    Je viens d’amitiés sincères et durables, patientes et bienveillantes, loufoques et créatives. Et salvatrices. L’amitié devrait être une priorité de santé publique. Comme la danse ou le théâtre.

    Je viens de la tarte aux pralines et de la tartiflette, du jamón serrano et de la butifarra. 

    De quoi as-tu peur ?

    J’ai peur qu’on ne m’aime pas assez. Ou qu’on m’aime trop.

    J’ai peur de perdre le sens de l’humour. Et le sens de l’amour.

    Des promesses, parce que j’y crois toujours un peu trop.

    Du téléphone. Du noir, parfois. De la mort, souvent.

    Parfois j’ai peur de moi, surtout quand je bois. 

    J’ai peur de faire peur. De mon côté un peu drama-queen. Qu’on dise du mal de moi.

    J’ai peur de me laisser piéger par mes propres contradictions, ou par les préjugés auxquels j’essaie pourtant quotidiennement de tordre le cou. 

    De croiser mon ex dans la rue avec sa nouvelle nana.

    J’ai peur d’être incapable de répondre à la question “Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?”. D’être incapable de me lever demain matin. Tout court. De nouveau.

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?

    Pour essayer de capter un peu de poésie quotidienne. Celle qui m’arrachera un sourire dans la rue, celle qui me fera vriller le cœur dans le métro. 

    Pour m’étonner qu’une fois de plus, les choses ne se passeront certainement pas comme je les avais prévues ou imaginées, et que finalement c’est peut-être pas plus mal comme ça. 

    Parce que c’est pas en restant au lit que je vais trouver un mari (bisou maman, bis).

    Pour apprendre à composer avec mes peurs, me rendre compte que la plupart sont des inventions de mon esprit et qu’en prendre conscience me pousse à travailler à les transformer en quelque chose de beau. Et quand j’y arrive, la vérité c’est vraiment chouette. Parce que derrière chaque peur, il y a un désir enfoui. Reste à trouver lequel. Et puis si j’y arrive pas demain, ça me donnera toujours une bonne raison de me lever après-demain matin.

     
  15. MAUVE

    D’où viens-tu ?

    Je viens d’une famille aimante et hétéroclite. Je viens d’une pulsion de vie très forte, une décision de mon corps, il décide du début et de la fin des choses. Depuis que je sais l’écouter, je vis beaucoup mieux.

    Je viens d’un pays de papiers, la France, et de pays de coeur, la Suède et le Liban. Je ne peux pas l’expliquer, je pourrais y finir ma vie, mais j’ai choisi de revenir vivre en France car je sais qu’il vaut 1000 fois mieux que ce qu’il peut laisser penser.

    Je viens d’un monde qui reste optimiste sans être naïf, pragmatique sans être barbant. Je suis chef d’entreprise, obligée d’avoir la tête sur les épaules. Mais je relève chaque jour le défi de réconcilier l’économie avec l’écologie, le social et le culturel (www.quandlespoules.fr). Du coup je commence presque à me sentir à ma place et je regarde beaucoup plus devant que derrière.

    De quoi as-tu peur ?

    Que la bêtise et les décisions absurdes ruinent le monde.

    Quand je lis en première page d’un journal que “les Roms” ou “les Musulmans” sont la plaie de la France, j’ai envie de plastiquer un centre commercial. Mais lorsque je lis les contre-arguments avancés, j’aimerais me pendre tant cela manque de cohérence et de simplicité.

    Il y a un décalage de plus en plus frappant entre les décisions prises et les comportements. Quand les décideurs publics comprendront-ils que l’on ne change pas une société tant que l’on ne sait pas expliquer simplement en quoi la décision choisie fait sens ?

    Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?

    Je préfère me lever que me coucher. Justement parce qu’au coucher je n’arrive pas à cesser de penser aux décisions absurdes et incohérentes du jour.

    Il y a 3 ans, je me suis levée un matin en étant certaine que je devais changer de vie. J’ai tout changé : j’ai donné ma démission, déménagé et quitté celui avec qui je vivais. Ça a été très difficile mais j’en suis ressortie grandie.

    Le matin, j’ai une jolie boutique à ouvrir, des sourires à distribuer, des tas de tracasseries à régler, de la musique fraîche à écouter et un plaisir de vivre intense. Je gagne moins d’argent que lorsque j’étais étudiante et pourtant je suis globalement heureuse, j’ai arrêté de trouver une explication à cela. Ça ira comme ça… jusqu’à la prochaine fois.